Il est des étoffes qui évoquent immédiatement une saison. Le lin rappelle les beaux jours. Le tweed, lui, nous transporte volontiers dans les campagnes anglaises, au milieu des bruyères et des chemins humides. Quant à la flanelle, elle annonce presque à elle seule le retour de l’automne.

Il faut dire que la flanelle possède une qualité assez rare, elle sait être élégante sans paraître guindée. Un pantalon en flanelle grise, porté avec une veste bleu marine, constitue sans doute l’une des associations les plus simples et les plus réussies du vestiaire masculin. Nul besoin d’en faire davantage.

Encore faut-il choisir une belle flanelle. Car toutes ne se valent pas, loin de là.

Une histoire autrichienne qui commence en 1884

Depuis trois saisons maintenant, nous avons fait le choix pour notre collection de prêt-à-porter, de travailler avec la manufacture autrichienne Leichtfried Loden.

L’entreprise voit le jour en 1884. Cinq générations se sont depuis succédé, perpétuant un savoir-faire textile profondément ancré dans la tradition autrichienne.

Il faut se souvenir que l’Autriche possède une histoire lainière tout à fait remarquable. Dans les régions alpines, le vêtement devait avant tout protéger du froid, du vent et de l’humidité. On y fabriquait notamment le fameux Loden, ce drap de laine dense, travaillé pour offrir une bonne protection contre les intempéries.

Le Loden est longtemps resté associé aux vêtements de chasse, aux manteaux traditionnels et à une certaine élégance montagnarde. On imagine aisément ces grandes capes et ces manteaux verts que portaient autrefois les chasseurs et les habitants des régions alpines.

Mais Leichtfried Loden ne s’est pas arrêté à ces productions traditionnelles. Au fil des décennies, elle a développé des étoffes plus fines, plus souples, destinées à la confection de vêtements contemporains.

C’est précisément ce qui rend leur travail intéressant. Cette capacité à conserver un savoir-faire ancien tout en proposant des tissus parfaitement adaptés à notre manière de nous habiller aujourd’hui.

Qu’est-ce qui fait une belle flanelle ?

La flanelle est une étoffe assez singulière. Contrairement à un drap de laine peignée, dont la surface est généralement nette et lisse, elle présente un aspect légèrement duveteux. Celui-ci résulte du travail de finition, qui fait remonter de fines fibres à la surface du tissu.

Ce procédé donne à la flanelle son toucher si particulier, presque moelleux. Il apporte également une profondeur aux couleurs. Un gris en flanelle ne ressemble jamais tout à fait à un gris en laine froide. La lumière s’y accroche différemment, les nuances paraissent plus douces, moins tranchées.

La qualité de la matière première joue naturellement un rôle essentiel. Chez Leichtfried Loden, une attention particulière est portée à la sélection des laines, notamment des laines mérinos, puis aux différentes opérations de filage, de tissage et de finition.

Mais le poids du tissu est tout aussi important. Une flanelle trop légère peut manquer de tenue, particulièrement pour un pantalon. À l’inverse, une étoffe excessivement lourde peut devenir encombrante, surtout dans nos intérieurs chauffés.

Tout est affaire d’équilibre.

Pourquoi avons-nous choisi une flanelle de 360 g/m2 ?

Pour nos pantalons, nous avons retenu depuis trois saisons une flanelle de laine de 360 g/m2. 

Ce choix n’a rien d’anodin.

À ce poids, le tissu possède suffisamment de corps pour tomber convenablement. C’est particulièrement important pour un pantalon à pinces. Les plis doivent s’ouvrir naturellement. Une étoffe trop légère peut parfois manquer de cette présence. 

Nous l’utilisons aujourd’hui sur toutes de nos coupes. Chacune possède sa propre silhouette, mais toutes bénéficient du même tombé et de cette texture si caractéristique.

Quant aux couleurs, nous sommes restés fidèles aux grands classiques : gris moyen, anthracite, bleu marine et marron. Il est difficile de se tromper avec ces quatre teintes.

Le gris moyen demeure probablement le plus universel. Il accompagne presque toutes les vestes. L’anthracite apporte une note plus sérieuse, parfois plus urbaine. Le bleu marine constitue une alternative intéressante aux pantalons gris, tandis que le marron, que j’affectionne particulièrement en hiver, s’accorde merveilleusement avec les tweeds, les beiges et les verts.

Des surchemises assorties à nos pantalons

Cette année, nous avons souhaité employer ces mêmes flanelles pour confectionner des surchemises assorties à nos pantalons.

L’idée étant de proposer un ensemble coordonné, mais qui ne soit pas nécessairement un costume. Car il faut bien reconnaître que nos habitudes vestimentaires ont considérablement évolué.

La surchemise offre une solution intéressante. Portée avec un pantalon confectionné dans la même étoffe, elle forme un ensemble harmonieux, presque un uniforme de ville. L’allure reste soignée, les couleurs sont parfaitement coordonnées, mais le résultat apparaît moins formel qu’une veste de costume.

C’est une manière de s’habiller que je trouve particulièrement intéressante. Et puis, rien n’oblige à porter les deux pièces ensemble.

Une surchemise marron peut très bien accompagner un pantalon en denim écru. Une surchemise marine sera fort élégante avec un pantalon de coton beige ou un jean brut. Inversement, le pantalon de flanelle se mariera avec une veste en tweed, un cardigan ou un simple pull en laine.

La veste Maubourg retrouve elle aussi la flanelle

Nous avons également choisi ces étoffes autrichiennes pour notre veste Maubourg. Ce modèle occupe une place particulière dans notre collection. Elle emprunte au vestiaire tailleur sa construction, ses proportions et une certaine recherche dans les détails, tout en conservant une allure plus décontractée.

La flanelle lui convient admirablement. Elle apporte de la douceur à la silhouette et permet d’obtenir une veste confortable, chaleureuse, que l’on peut porter avec un pantalon habillé comme avec un jean.

Cette saison, nous avons notamment retenu une flanelle grise à chevrons noirs, dont le dessin apporte du relief à l’étoffe, ainsi qu’une déclinaison beige.

Le chevron mérite d’ailleurs que l’on s’y attarde. C’est un motif ancien, discret lorsqu’il est observé de loin, mais qui révèle toute sa richesse lorsqu’on s’en approche. Il donne au tissu une profondeur supplémentaire, sans l’agitation visuelle que peuvent parfois produire des carreaux plus marqués.

Un manteau raglan en laine et alpaga

Enfin, nous avons poussé cette collaboration un peu plus loin cette année, avec une nouvelle pièce de notre collection.  Un manteau raglan confectionné dans doux mélange de laine et d’alpaga, d’un poids de 540 g/m2.

Nous changeons ici de registre. Il ne s’agit plus d’une flanelle destinée à un pantalon, mais d’un drap conçu pour un vêtement d’extérieur. Le poids est plus important, la matière plus substantielle, et l’alpaga apporte une douceur et une texture particulièrement agréables.

Le choix de la coupe raglan n’est pas non plus le fruit du hasard. Avec ses manches qui remontent jusqu’à l’encolure, le raglan présente une épaule plus souple que celle d’un manteau traditionnel à manches montées. Cette construction donne davantage de liberté de mouvement et permet de porter aisément une veste ou une grosse maille en dessous. C’est une coupe que l’on retrouve depuis longtemps dans le vestiaire masculin. 

Elle possède cette élégance un peu nonchalante. Associée à cette belle étoffe de laine et d’alpaga, elle donne naissance à un vêtement chaleureux, confortable et, je l’espère, destiné à traverser de nombreux hivers.

Le plaisir des belles matières

On parle beaucoup de coupes, de proportions et de détails lorsque l’on évoque le vêtement masculin. C’est bien naturel. Mais il ne faudrait pas oublier que l’étoffe reste le point de départ de tout.

Une belle coupe dans un mauvais tissu ne donnera jamais un très beau vêtement.

À l’inverse, une matière bien choisie, adaptée à l’usage et à la construction du modèle, peut transformer une pièce assez simple en un vêtement que l’on prend véritablement plaisir à porter.

C’est pourquoi nous attachons autant d’importance à la sélection de nos fournisseurs.

Notre collaboration avec Leichtfried Loden, poursuivie depuis trois saisons, s’inscrit dans cette démarche. Il ne s’agit pas de rechercher la nouveauté à tout prix, mais de retrouver, saison après saison, des étoffes dont nous connaissons les qualités et qui répondent à notre conception du beau vêtement.

Au fond, c’est peut-être cela, construire un vestiaire. Choisir de belles matières, des coupes justes et des vêtements qui s’accordent naturellement les uns avec les autres.

Et lorsque l’automne revient, quel plaisir de retrouver une belle flanelle de laine !

Notre collection de vêtements en étoffes Leichtfried Loden est à découvrir dans notre boutique parisienne de prêt-à-porter et sur scavini.fr.

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